ßosselin

 

Le Noroît. 20/10/1939

      Nous avons eu de grandes difficultés pour trouver où gîter.... Nous avons fini par louer 2 pièces et une cuisine donnant sur la mer, auprès du Casino, à gauche, face au petit port. Nous n'aurons du feu que lorsque nous aurons fourni un poêle, que nous aurons fait installer à nos frais ... Nous gelons, littéralement; le vent passe à travers les fentes des volets et des fenêtres et nous contemplons, enveloppées de robes de chambre, bas de laine aux pieds, manteaux de fourrure sur les jambes, la valse de l'abat-jour de soie qui voile la lampe centrale. Avantage, les actes les plus ordinaires, cirer des chaussures,laver la vaisselle, ont comme fond musical le bruit du vent et de la mer. Tout prend de la grandeur. La mer, le ciel, leurs changements s'encadrent dans nos fenêtres. C'est vraiment très beau, mais pas du tout reposant.

2/12/1939

      La tempête vit en Etretat à l'état constant; les rafales de vent, le choc des vagues sur le galet secouent la maison jusqu'en ses fondements. Les vitres tremblent, les volets grincent en résistant. Si je ne tire rien d'une pareille année,c'est que je suis une parfaite idiote...

6/12/1939

      La tempête continue à orchestrer mes nuits et mes jours. De mon lit, je voyais tantôt un grand pan de ciel brun et un peu de vert dur, la mer. Je suis furieuse d'être attachée ici...

18/12/1939

      Le temps s'est mis au froid, les falaises et les maisons ont perdu toute consistance. On a l'impression qu'avec un doigt on pourrait les délayer dans la brume. Le ciel et la mer sont fondus dans un gris glacé.

Madeleine  Michelis